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Notre sang devient fumée

Nous le saurions par le sang, disait toujours mon père,
quand notre sang deviendrait brume, qu’il formerait cette vapeur,
nous saurions qu’au petit matin, dans le brouillard au dehors,
tandis que notre camp dormirait, un commando blanc nous menacerait.

Nous le saurions par notre corps, avec ce sang en nous
frémissant, s’agitant, se mettant à fumer,
s’élevant en nuée devant nous et nous brûlant les yeux –
le sang devenant vapeur signalerait le danger proche.


Alors nous entendions les chevaux bien avant le bruit de leurs sabots.
Nous sentions l’odeur de la poudre bien avant que sifflent les balles.
C’est l’approche d’un commando, prédisait la fumée du sang.
Nous le savions par notre sang : ce jour-là ce serait la guerre.

Et nous ripostions avec rage, dans la fumée de notre sang.
Nous ripostions dans le brouillard, protégés par ce sang.
Nous nous battions jusqu’à sentir   notre sang le sentait aussi,
car il se dissipait enfin   que les Blancs étaient repoussés.


À la fin nous restions là, dans notre sang exténué.
À la fin nous demeurions là, à la recherche de nos corps,
de notre sang exténué, épuisé par ce qu’il avait prédit :
la terre trempée par les blessés, nos morts gisant autour de nous.
Mais c’était par le sang, disait Xaa-ttin mon père,
dans le sang, la vapeur de nos corps, que nous savions ce qui venait.
Notre sang devenu brume, devenu fumée, disait-il,
le jour d’un commando blanc, chaque jour notre fin approchait.


Nous le saurions par le sang, disait toujours mon père,
quand notre sang deviendrait brume, qu’il formerait cette vapeur,
nous saurions qu’au petit matin, dans le brouillard au dehors,
tandis que notre camp dormirait, un commando blanc nous menacerait.

Nous le saurions par notre corps, avec ce sang en nous
frémissant, s’agitant, se mettant à fumer,
s’élevant en nuée devant nous et nous brûlant les yeux
le sang devenant vapeur signalerait le danger proche.
 
Alors nous entendions les chevaux bien avant le bruit de leurs sabots.
Nous sentions l’odeur de la poudre bien avant que sifflent les balles....

[ Stephen Watson, Le chant des Bushmen /Xam ]